La fermeture de l’usine Renault de Sandouville, une décision incompréhensible

La fermeture de l’usine Renault de Sandouville, une décision incompréhensible


Autoactu.com

Auteur : Florence Lagarde
Directrice de la rédaction et Directrice de la publication

11 Avril 2020

 

Depuis le 28 avril, l’usine Renault de Sandouville avait repris le travail avec la mise en œuvre d’un protocole sanitaire présenté aux organisations syndicales au niveau national, puis adapté au niveau local. Dans leur dos, la CGT a intenté une action en référé et obtenu d’un juge la fermeture de l’usine pour des irrégularités dans la procédure administrative. FO dénonce "une prise en otage des 2.000 salariés et 700 intérimaires de l’usine".



Le 7 mai, une ordonnance de référé du Président du tribunal judiciaire du Havre (Thierry Cellier) a ordonné à Renault de "suspendre la reprise de la production" sous peine d’astreinte de "3.000,00€ par infraction et par jour de retard".

Cette procédure a été initiée par la CGT dont l’assignation a été reçue le 27 avril, soit quelques jours après le conseil social et économique de Sandouville (CSE) du 23 avril et la réunion de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) du 24 avril qui avaient permis de valider les conditions de la reprise d’activité. En raison du confinement, il n’y pas eu d’audience et le juge a pris sa décision sur des pièces qui lui ont été remises le 30 avril.

La lecture de l’ordonnance est un peu une plongée dans ce qu’il y a de plus tatillon dans le droit social français. Ainsi, ce référé ne juge pas le protocole sanitaire mis en place sur le site mais annule la procédure de consultation-information du CSE du 23 avril pour des questions de forme, et donc toutes les décisions qui en ont découlée.

"Les salariés sont en colère, cette décision de justice on ne la comprend pas. Cette fermeture ne reflète pas ce qu’il se passe sur le site. C’est un problème administratif, on ne parle pas de sanitaire", nous a dit Fabien Gloaguen, délégué FO du site Renault de Sandouville.
Pour les salariés qui s’apprêtaient à reprendre le travail lundi 11 mai, c’est la douche froide. Alors que l’usine tournait en une équipe depuis le 28 avril, les deux équipes devaient reprendre lundi 11 mai avec toujours une cadence réduite. Progressivement au cours de la semaine, 700 intérimaires devaient les rejoindre. L’usine de Sandouville fabrique le Trafic dont le succès lui assure un carnet de commandes très important de 55 jours.

"Nous, FO, avons participé au CSE malgré le confinement, nous avons suivi de près le protocole sanitaire. Tous les jours nous sommes auprès des salariés sur le terrain depuis la reprise et pour l’instant nous n’avons que des retours positifs des salariés. Nous estimons que le protocole sanitaire est respecté", nous a dit Fabien Gloaguen.
Celui-ci comprend notamment : prise de température à l’entrée du site, flux des piétons, marquage pour le respect de la distanciation sociale, distribution de masque, gel hydroalcoolique, cadence de production adaptée, suppression de fontaine à eau et distribution de bouteille d’eau, etc.

Mariette Rih, délégué syndicale centrale FO de Renault, ne décolère pas contre cette décision : "Depuis le début, la CGT ne veut pas que les entreprises de la métallurgie reprennent le travail, c’est irresponsable. [La CGT a intenté une procédure devant le Conseil d'Etat qui les a débouté, NDLR]. Lundi, ce sont 700 intérimaires qui n’auront pas de travail. Comment seront indemnisés les salariés alors que le chômage partiel a été arrêté ? Quel sera l’impact sur l’activité du site avec une reprise reportée à une date inconnue à ce jour ?"
Aussi, le syndicat met en avant "le décalage entre la réalité du terrain et les conclusions du référé qui ne tiennent pas compte des dispositions sanitaires mises en œuvre dans l’usine avec la sensibilisation et la formation des salariés organisées préalablement à la reprise".

"Tous les efforts effectués par les élus syndicaux lors des commissions sanitaires et les CSE pour veiller aux conditions de santé et sécurité avant la reprise ont été balayés par les élus CGT qui ont préféré jouer la politique de la chaise vide lors de ces réunions, et qui ont lancé en catimini une procédure en référé devant le tribunal du Havre sans même en informer les salariés ou les autres organisations syndicales", dénonce FO.

Le constructeur a fait appel de la décision mais doit pour l’heure s’y plier. Un numéro vert a été mis en place pour prévenir les salariés de ne pas venir et les intérimaires ont été annulés. La procédure de consultation va être reprise à zéro et les élus convoqués au CSE et à la CSSCT par huissier puisque les représentants CGT qui y siègent ne peuvent pas être contactés par mail, selon ce qu’ils ont déclaré dans la procédure.

A ce jour deux organisations syndicales dominent sur le site de Sandouville. Lors des dernières élections qui ont eu lieu en novembre alors que le mouvement des gilets jaunes prenait son essor, la CGT (35,64% des voix) a devancé d’une courte tête (13 voix) FO (35,11% des voix) devant la CFE-CGC (20,26%) et la CFDT (8,99%).

La CGT du site de Sandouville qui n’a pas participé aux travaux de mise en place du protocole sanitaire n’a cessé de critiquer les organisations syndicales qui y ont travaillé (FO, CFE-CGC et CFDT) à travers des vidéos satiriques.

Cette rivalité, est-elle à l’origine de cette situation ? "Nous ne nous occupons pas de la CGT, nous avons toujours la même ligne de conduite, nous sommes là pour représenter les salariés et pour les défendre," nous a répondu Fabien Gloaguen.

Ce sont cependant deux conceptions qui s’affrontent. Celle dogmatique de la CGT qui conduit à la fermeture du site. Celle pragmatique de FO pour qui "l’urgence et la priorité est d’apprendre à vivre malgré le Covid-19."

"Nous sommes face à une situation improbable. Comment se retrouve-t-on à gérer cette situation alors que nous devons faire face à un contexte sanitaire international complexe, aux enjeux de l'industrie automobile, à la situation particulière de Renault, que nous attendons un plan de l'entreprise pour la deuxième quinzaine de mai ? Quel gaspillage d'énergie !", constate Mariette Rih.

Pour redonner la parole aux salariés, FO a mis en place un sondage pour leur permettre d’exprimer leur avis sur la situation actuelle.

Article Autoactu du 11 Mai 2020



STOP A LA PRISE EN OTAGE DES SALARIES DE SANDOUVILLE

Exprimez-vous à travers le sondage en ligne ici : https://forms.gle/PsYowNbNVonuA9fG6

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